A vous, à nos pleurs

Dans le N° 67 de la revue mensuelle Correspondances géopoétiques, la lettre extime à propos des carnets, deux poèmes : Lune de Nathalie Buchot et I'am, je suis toi, un poème pour Gaza de Refaat Alareer et l'extrait de la chanson "Survoler la lune" de Macha Gharibian chez les Pointiplumes.

Correspondances géopoétiques
3 min ⋅ 25/07/2025

Lettre extime

A vous, à nos pleurs,

On croit qu’il suffit de pleurer pour que dure moins la douleur. On croit tant de choses. Les pleurs n’effacent pas les douleurs. Les pleurs les assèchent mais la source ne tarit point tant que les guerres, la bêtise humaine existent sur notre planète Terre.

Face à la loi Duplomb autorisant à nouveau, les pesticides toxiques, une pétition en ligne enregistre plus d’un million de signatures de citoyennes et de citoyens français principalement. Si cela n’est pas déjà fait, vous pouvez la signer sur le site de l’assemblée nationale : https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-3014. Cette loi autorise la mort programmée des abeilles, des travailleurs agricoles, la raréfaction de l’eau par la création de mégabassines et ce, pour obtenir une rentabilité économique supérieure des géants de l’agro-industrie. Ne nous trompons pas, il s’agit surtout de renforcer le PIB de la France sur le dos de la santé des agriculteurs. La France était la seule en Europe à ne pas autoriser les nicotinoïdes sur les cultures. Aujourd’hui, elle régresse. C’est une nouvelle aberration législative.

Par ailleurs, pour des raisons idéologiques et géopolitiques liées aux libertés et à l’accès des ressources naturelles telles que le pétrole, le gaz.., des pays s’entretuent et tuent des civils criant famine. Nous ne rêvons pas. Nous ne regardons pas une nouvelle série apocalyptique ou dystopique. Nous sommes dans la triste réalité d’un monde humain habitant Gaza, Jérusalem, Kiev, New-York, Moscou, Paris ou dans les paysages betteraviers des Hauts-de-France, et tant d’autres endroits de ce monde qui s’attristent chaque jour, qui s’indignent. Triste et amère colère. Cela peut vous paraitre indécent d’associer dans cette lettre, les immondes guerres à une loi française permettant les l’utilisation des pesticides. Je le pense aussi.

Une nuit de fin juin, j’ai sondé la lune. Elle m’a fait part d’une conversation avec son ami Soleil. De ce sondage lunaire, est né Lune, un nouveau poème. Elle ne peut que pleurer. Il nous reste nos pleurs. Pourront-ils se transformer en espoir, en source de vie ?

A Gaza, aucune porte, aucun espoir de sortie. Des pleurs d’horreur, des pleurs. Parmi des civils frappés par des mains qui ne connaissent pas la pitié et la famine, le poète Refaat Alareer et sa famille ont été tués en décembre 2024. Ce professeur de littérature anglaise à l’université islamique, l’un des initiateurs du projet “Nous ne sommes pas des chiffres” pour des jeunes écrivain.e.s afin que le monde entende leurs cris par leurs récits, était un gardien des mots. Son poème I’m You traduit en français montre toutes les horreurs dont l’humanité se révèle en être la seule capable.

En ces tristes temps, en cette année 2025, je vous souhaite de nombreux points étoiles, des fermes, un joyeux printemps, des voisins aux belles manières d’être vivant et de belles rencontres poétiques, de belles danses et une belle écoute radiophonique avec l’Echo poétique, l’émission qui vous donne de l’émotion ; à vos carnets de liberté et de pleurs.

Nathalie Buchot

LUNE

Au-dessus de la nuit étoilée

Lune pleure 

Elle pleure ce que vit Terre

Elle pleure de colère

Les êtres vivants 

se moquent et méprisent

sa chère et tendre Terre

Alors, Lune pleure

tout son plein 

par demi

par quart

Qu’importe

elle pleure

Elle ne cesse de pleurer

Elle sourit jaune et pleure blanc

Pourtant

elle illumine 

les êtres dormants et vivants

sur Terre

Elle voudrait s’éteindre

Donner un signal de mort

Lune pleure 

Tout est leurre

sur Terre

Suite sur mon site…

Correspondances géopoétiques

Par Nathalie BUCHOT

Je suis poète contemporaine et géographe vivant en Sarthe. Mon travail explore les liens entre la poésie, les lieux et la philosophie dans une démarche géopoétique attentive aux paysages, aux voix et aux pratiques collectives. Je donne à voir la présence de l’extime et de l’immonde du monde.

Je travaille avec des chercheur·es, des acteurs culturels, des enseignant·es et des structures sociales qui souhaitent articuler pensée critique et contextuelle, territoire et création poétique.

Mes recherches portent sur la justice environnementale, les inégalités territoriales, les déchets et les marges, à l’intersection de la géographie sociale et de l'économie circulaire.

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