Le Numéro 74 de Correspondances géopoétiques, revue-laboratoire de poésie fondée et dirigée par Nathalie Buchot, dédiée à l’extime du monde présente la lettre extime “À vous, à nos écritures”, un poème-manifeste “Écrire éclaire le monde”, un poème collectif d’élèves « Et si une catastrophe naturelle nous arrivait », les Pointiplumes avec les arts géographiques "Un trait sans fin" de la Cie Tombés de la Lune et les srubrique de Sabine Chagnaud qui explore l’hôpital psychiatrique de Volterra et les inscriptions de Fernando Nannetti, prolongée par une nouvelle poétique “Espaces perdus pour les familles”. Le numéro revient aussi sur la genèse des Correspondances, leur projet au long cours jusqu’en 2049 et s’accompagne d’invitations aux cafés poésie du Printemps des poètes 2026 à Sillé-le-Guillaume et Conlie.
Hurler dans le vent, graver un galet ou espérer ne sont qu’un seul signe, celui du geste vivant. Pourquoi écrit-on ? Pourquoi apprenons-nous à écrire ? Écrire, c’est vivre une relation spatio-temporelle avec le futur. Écrire éclaire. Néandertal a laissé des traces et des entailles sur les murs des grottes. Champollion a déchiffré les hiéroglyphes sur la pierre de rosette. Les prisonniers gravent à la pointe de leurs ongles leur calendrier mural. Écrire est un geste de survie, un geste pour l’après, un geste pour l’au-delà.
En écrivant, chaque matin, j’ai rendez-vous avec mon inconnu, mon poème-guide. Chaque poème est une clé ou un caillou pour ne pas me perdre en chemin. Chaque poème est un lieu de passage, parfois étroit, parfois vaste. Je recherche une écriture qui me transporte vers la simplicité de la vie et le jaillissement de sa lumière. Écrire, c’est donner espoir, faire désirer. Écrire, c’est accueillir la joie du vent, se laisser bercer par les rêves, sans résister et sans douter. C’est oser vivre de soi-même. C’est aussi oser aller vers les autres. J’écris sur du papier ou sur un écran et je grave sur des plaques de zinc ou de cuivre. Au milieu du gué, ai-je nommé la plaque de zinc mis en couverture. J’aime les reflets des galets et des cristaux de sel. Il y a tant de supports d’écriture. Le papier ou l’écran, la pierre ou le bois, le sable ou le soleil sont autant de lieu où l’on peut laisser sa trace, inscrire son empreinte. On écrit pour semer, pour accéder à sa langue cachée, à son intériorité qui dit ce qui ne se voit pas ou qui n’est pas assez vu.
J’espère que vous apprécierez mon poème inédit « Écrire éclaire le monde » qui raconte mon rendez-vous matutinal avec l’inconnu ainsi que le poème collectif « Et si une catastrophe naturelle nous arrivait » écrit par des élèves en classe de 4ème de la Maison Familiale Rurale de Thorigné-sur-Dué avec qui j’ai animé un atelier de philosophie et d’écriture géopoétique à partir du superbe spectacle “Un trait sans fin” de la compagnie Tombés de la Lune. Ce spectacle fait partie de mon recensement des arts géographiques. Il a saisi les deux signes géographiques fondateurs de toute œuvre cartographique : le point et la ligne. De son coté, Sabine Chaignaud nous emmène dans un hôpital psychiatrique qui s’est fait lieu d’écriture. On peut écrire partout. Écrire n’est pas un acte de plaisir, écrire est un acte de survie et un geste d’amour.
Dans le cadre du Printemps des poètes 2026 dont le thème est Liberté, force déployée, j’ai le plaisir de vous inviter aux cafés poésie organisés par La Plume de Léonie auxquels Sabine et moi-même nous participons, le samedi 14/03/26 de 10h à 12h à la Médiathèque de Sillé-le-Guillaume pour valoriser son label Ville En Poésie et le samedi 21/03/26 de 10h à 12h à la Médiathèque de Conlie. Vous pouvez apporter vos textes et vos coups de cœur où écrire se fait cette fois-ci geste de liberté et de force déployée. Je vous remercie par avance de me confirmer votre présence.
Avec tous mes remerciements pour votre soutien et avec espoir de vous accueillir aux cafés poésie de Sillé-le-Guillaume et de Conlie.
Ecrire éclaire le monde
Nathalie Buchot, Inédit 2026.
Le matin me trouve
lunettes encore mouillées
cahier ouvert sur la table du petit-déjeuner
entre la tasse bleue fleurie et les factures à payer
La page blanche respire à peine
L’encre noire de mon stylo
cherche son chemin
dans les méandres du monde
J’écris pour relier les jours
un lundi à un autre
une frayeur à une joie
une réunion à un chant d’oiseau
une poubelle à un bouquet de fleurs
J’écris avec ce qui jaillit ou périt
fulgurances de pensée
joies de vivre
et restes d’amour
Écrire n’est pas un refuge
J’écris pour exister autrement
ni héroïne
ni experte
juste un corps qui écoute
ce que la ville et les champs
déposent sur ma douce peau
J’absorbe le monde
et vous le transmets
à ma humble façon
en poésie