A vous, à nos départs

A vous, à nos départs, Sur le point de départ, les larmes tombent en paquet de mer. Le point de départ est un nœud existentiel où joie et peur se heurtent. Partir pour le meilleur ou pour le pire, partir pour revenir là où tout a basculé. Partir est souvent une épreuve qui se cristallise en un seul point ; le point de départ.

Correspondances géopoétiques
3 min ⋅ 30/04/2026

Lettre extime

A vous, à nos départs

Sur le point de départ, les larmes tombent en paquet de mer. Le point de départ est un nœud existentiel où joie et peur se heurtent. Partir pour le meilleur ou pour le pire, partir pour revenir là où tout a basculé. Partir est souvent une épreuve qui se cristallise en un seul point ; le point de départ. Un accident est si vite arrivé. Si tant de choses, tant d’événements, tant de circonstances peuvent être maitrisées pour être évitées, un excès de bonheur, de confiance ou de fierté se manifeste et c’est finalement le syndrome du paradis qui vous emporte.

Pendant les vacances, vous tombez malade. Pendant un week-end bien mérité, un grave accident arrive. Pendant l’oral tant préparé, la gorge est sèche, c’est la panne. Les vacances sont ratées, le repos espéré se fera finalement à l’hôpital et le diplôme est remis à la case départ. Chacun en conclura qu’il n’y a rien à faire. Dès que le bonheur pointe son nez, il arrive un malheur. Adeptes du syndrome du paradis, quand vous êtes heureux, je ne peux que conseiller de rester vigilant. Bien que vous soyez plein de joie, de vitalité, c’est le moment de vous reposer. Soyez en certains, vous n’avez pas la poisse. C’est toute la pression du bonheur qui va provoquer ce malheur irrémédiable. Le syndrome du paradis côtoie également le syndrome du bonheur joliment nommé chérophobie, du grec khaîro, « se réjouir » et la peur du succès nommée syndrome de Jonas. Peu importe, vous arrivez aux mêmes résultats : l’autosabotage comme pour vous faire confirmer une énième fois, une croyance mal placée : vous n’êtes pas capable d’être heureux et vous n’êtes pas capable de réussir parce que réussir, ça signifie un nouveau départ, un changement de vie et que le succès fait peur. Vous restez sur le point de départ sans pouvoir aller plus loin. Moi-même, je fais partie de ces gens dont le succès fait peur. J’ai besoin de beaucoup de temps pour apprécier chaque petite victoire parce que chaque petite victoire me procure une immense joie que je dois canaliser.

Accepter un nouveau départ dans une vie heureuse demande cette nécessaire prise de conscience au risque d’écrire des poèmes de ménagères comme Axelle, cette Elle qui fait partie de mes poèmes ou encore de vous emmener dans des temps de réflexion ou d’hésitation d’avant départ, comme nous le propose Sabine Chagnaud. Deux membres du café poésie de Sillé et poètes de la Plume de Léonie, Siméon Lerouge et Bertrand Lançon  ont eu de leur côté le courage de donner un nouveau départ à leurs poèmes avec la création de la maison d’édition associative La Renouée que je vous invite à découvrir, à travers les extraits du recueil de Siméon Lerouge “Volume horaire”. Les Pointiplumes vous présenteront plus en détail les arts géographiques et poétiques de Siméon Lerouge.

Avec tous mes remerciements pour vos soutiens, vos espoirs, vos libertés, vos songes, en vous souhaitant que vos départs défassent les nœuds, en ce mai de ponts et de passages, je vous attends le 6 juin, à 18h, à la Septante-deux pour mon premier vernissage de mon exposition “Poème-tombé-dans-la-rivière. Aquatintes et poésie”, à la Septante-deux, au Mans.

Mes pensées ménagères – Axelle

Nathalie Buchot,  Inédit 2026.

Je passe le balai et la chiffonnette

J’écoute France-Culture ou France-Inter puis RFI

et zappe le sol de mon esprit

Je hume la vapeur âcre et douce de mon thé fumé

titille du bout de ma langue chaude

la pulpe d'une écorce d’orange amère

Belle aimée d'hier

je suis devenue la femme

de ménage de son foyer

Je me mets à compter le nombre d'heures passées

à nettoyer et à ramasser les immondices

plutôt qu'à écrire mes poèmes

plutôt qu’à faire société et humanité

plutôt même que d’être sur scène

Je plie le linge sec de la semaine

Personne dans la maisonnée n'aura l'idée de le ranger

Personne ne sait ranger le linge aussi bien que moi

Je récure la salle de bain

J’aime le propre

Je me prends à penser

que j’aimerai que l'on s'occupe

de mon époux

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Correspondances géopoétiques

Par Nathalie BUCHOT

Je suis poète contemporaine et géographe vivant en Sarthe. Mon travail explore les liens entre la poésie, les lieux et la philosophie dans une démarche géopoétique attentive aux paysages, aux voix et aux pratiques collectives. Je donne à voir la présence de l’extime et de l’immonde du monde.

Je travaille avec des chercheur·es, des acteurs culturels, des enseignant·es et des structures sociales qui souhaitent articuler pensée critique et contextuelle, territoire et création poétique.

Mes recherches portent sur la justice environnementale, les inégalités territoriales, les déchets et les marges, à l’intersection de la géographie sociale et de l'économie circulaire.

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