A vous, à nos écritures

Le Numéro 74 de Correspondances géopoétiques, revue-laboratoire de poésie fondée et dirigée par Nathalie Buchot, dédiée à l’extime du monde présente la lettre extime “À vous, à nos écritures”, un poème-manifeste “Écrire éclaire le monde”, un poème collectif d’élèves « Et si une catastrophe naturelle nous arrivait », les Pointiplumes avec les arts géographiques "Un trait sans fin" de la Cie Tombés de la Lune et les srubrique de Sabine Chagnaud qui explore l’hôpital psychiatrique de Volterra et les inscriptions de Fernando Nannetti, prolongée par une nouvelle poétique “Espaces perdus pour les familles”. Le numéro revient aussi sur la genèse des Correspondances, leur projet au long cours jusqu’en 2049 et s’accompagne d’invitations aux cafés poésie du Printemps des poètes 2026 à Sillé-le-Guillaume et Conlie.

Correspondances géopoétiques
3 min ⋅ 28/02/2026

Lettre extime

A vous, à nos écritures

Hurler dans le vent, graver un galet ou espérer ne sont qu’un seul signe, celui du geste vivant. Pourquoi écrit-on ? Pourquoi apprenons-nous à écrire ? Écrire, c’est vivre une relation spatio-temporelle avec le futur. Écrire éclaire. Néandertal a laissé des traces et des entailles sur les murs des grottes. Champollion a déchiffré les hiéroglyphes sur la pierre de rosette. Les prisonniers gravent à la pointe de leurs ongles leur calendrier mural. Écrire est un geste de survie, un geste pour l’après, un geste pour l’au-delà.

En écrivant, chaque matin, j’ai rendez-vous avec mon inconnu, mon poème-guide. Chaque poème est une clé ou un caillou pour ne pas me perdre en chemin. Chaque poème est un lieu de passage, parfois étroit, parfois vaste. Je recherche une écriture qui me transporte vers la simplicité de la vie et le jaillissement de sa lumière. Écrire, c’est donner espoir, faire désirer. Écrire, c’est accueillir la joie du vent, se laisser bercer par les rêves, sans résister et sans douter. C’est oser vivre de soi-même. C’est aussi oser aller vers les autres. J’écris sur du papier ou sur un écran et je grave sur des plaques de zinc ou de cuivre. Au milieu du gué, ai-je nommé la plaque de zinc mis en couverture. J’aime les reflets des galets et des cristaux de sel. Il y a tant de supports d’écriture. Le papier ou l’écran, la pierre ou le bois, le sable ou le soleil sont autant de lieu où l’on peut laisser sa trace, inscrire son empreinte. On écrit pour semer, pour accéder à sa langue cachée, à son intériorité qui dit ce qui ne se voit pas ou qui n’est pas assez vu.

J’espère que vous apprécierez mon poème inédit « Écrire éclaire le monde » qui raconte mon rendez-vous matutinal avec l’inconnu ainsi que le poème collectif « Et si une catastrophe naturelle nous arrivait » écrit par des élèves en classe de 4ème de la Maison Familiale Rurale de Thorigné-sur-Dué avec qui j’ai animé un atelier de philosophie et d’écriture géopoétique à partir du superbe spectacle “Un trait sans fin” de la compagnie Tombés de la Lune. Ce spectacle fait partie de mon recensement des arts géographiques. Il a saisi les deux signes géographiques fondateurs de toute œuvre cartographique : le point et la ligne. De son coté, Sabine Chaignaud nous emmène dans un hôpital psychiatrique qui s’est fait lieu d’écriture. On peut écrire partout. Écrire n’est pas un acte de plaisir, écrire est un acte de survie et un geste d’amour. 

Dans le cadre du Printemps des poètes 2026 dont le thème est Liberté, force déployée, j’ai le plaisir de vous inviter aux cafés poésie organisés par La Plume de Léonie auxquels Sabine et moi-même nous participons, le samedi 14/03/26 de 10h à 12h à la Médiathèque de Sillé-le-Guillaume pour valoriser son label Ville En Poésie et le samedi 21/03/26 de 10h à 12h à la Médiathèque de Conlie. Vous pouvez apporter vos textes et vos coups de cœur où écrire se fait cette fois-ci geste de liberté et de force déployée. Je vous remercie par avance de me confirmer votre présence.

Avec tous mes remerciements pour votre soutien et avec espoir de vous accueillir aux cafés poésie de Sillé-le-Guillaume et de Conlie.

Ecrire éclaire le monde

Nathalie Buchot,  Inédit 2026.

Le matin me trouve

lunettes encore mouillées

cahier ouvert sur la table du petit-déjeuner

entre la tasse bleue fleurie et les factures à payer

La page blanche respire à peine

L’encre noire de mon stylo

cherche son chemin

dans les méandres du monde

J’écris pour relier les jours

un lundi à un autre

une frayeur à une joie

une réunion à un chant d’oiseau

une poubelle à un bouquet de fleurs

J’écris avec ce qui jaillit ou périt

fulgurances de pensée

joies de vivre

et restes d’amour

Écrire n’est pas un refuge

J’écris pour exister autrement

ni héroïne

ni experte

juste un corps qui écoute

ce que la ville et les champs

déposent sur ma douce peau

J’absorbe le monde

et vous le transmets

à ma humble façon

en poésie

Correspondances géopoétiques

Par Nathalie BUCHOT

Je suis poète contemporaine et géographe vivant en Sarthe. Mon travail explore les liens entre la poésie, les lieux et la philosophie dans une démarche géopoétique attentive aux paysages, aux voix et aux pratiques collectives. Je donne à voir la présence de l’extime et de l’immonde du monde.

Je travaille avec des chercheur·es, des acteurs culturels, des enseignant·es et des structures sociales qui souhaitent articuler pensée critique et contextuelle, territoire et création poétique.

Mes recherches portent sur la justice environnementale, les inégalités territoriales, les déchets et les marges, à l’intersection de la géographie sociale et de l'économie circulaire.

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