A vous, à nos songes

A vous, à nos songes, Il était une grande armoire de quatre étages. On aurait dit un immeuble. Ses grandes portes s’ouvraient sur mon coeur d’enfant. Ma grand-mère était d’une minutie impressionnante. Les piles de linge se mariaient parfaitement les unes avec les autres. Il y avait les blancs nacrés, les blancs beiges, les blancs des baptêmes

Correspondances géopoétiques
3 min ⋅ 01/04/2026

Lettre extime

A vous, à nos songes

Il était une grande armoire de quatre étages. On aurait dit un immeuble. Ses grandes portes s’ouvraient sur mon coeur d’enfant. Ma grand-mère était d’une minutie impressionnante. Les piles de linge se mariaient parfaitement les unes avec les autres. Il y avait les blancs nacrés, les blancs beiges, les blancs des baptêmes et les blancs brodés. Les bleus s’accordaient avec les verts et les violets ; les rouges avec les ocres et les roses ; les cotons avec les cotons et la laine avec la laine, des grosses mailles aux fines mailles ; les gilets, les tricots avec les chemises ; les vêtements de la ferme, les vêtements du dimanche, de la messe ou du marché n’habitaient pas au même étage. On pouvait aussi lire l’armoire de ma grand-mère comme on lit un dictionnaire ; en suivant les mots avec le doigt qui cherche. L’armoire de ma grand-mère racontait des histoires. Les mouchoirs, les serviettes de table et de bain semblaient converser entre eux. Leurs bandes de couleur se répondaient parfaitement tant à la verticale qu’à l’horizontale. Je ne connaissais pas le tableau Excel à 5 ans mais quand j’en fabrique un, je pense à l’armoire de ma grand-mère. J’aimerais que mon calendrier géopoétique puisse ressembler à cette armoire. Enfant, je n’allais pas au musée mais je peux vous assurer que toutes les armoires, les placards et les tiroirs de ma grand-mère étaient dignes d’oeuvres d’art. Comme au musée, il ne fallait pas toucher. J’avais juste le droit de regarder. Quand j’ai reçu la photo de Sabine pour ce 75ème numéro des correspondances géopoétiques, l’armoire s’est rouverte et ma grand-mère est apparue en songe, du haut de mes cinq ans.

Le mois de Mars a été un mois intense. C’est d’un côté le mois du Printemps des Poètes. J’ai eu le bonheur de voir Mon poème “Exister” paraître dans le n°48 de la revue Portulan Bleu aux Éditions Voix tissées, présentée au Marché de la Poésie à Paris. J’ai eu la joie d’enregistrer avec mes comparses poétesses, l’émission n°3, L’écho poétique, l’émission qui vous donne de l’émotion sur Fréquence-Sillé, d’accueillir deux amies au café-poésie de Sillé-le-Guillaume et de saluer les poètes Patrick Joquel, Michel Lautru aux lectures des Printemps poétiques de la Suze. C’était un très beau printemps des poètes, un printemps de liberté, à la force vive et déployée. C’est aussi, le mois des Carrefours de la Pensée qui a porté sur deux jours le thème “Espérances de vie, ici ou ailleurs”. J’ai eu l’honneur d’animer la table ronde “A la recherche du lien perdu” avec des intervenants aux travaux scientifiques étonnants : le recensement avec l’IA des informations biographiques de la population française sur un siècle, une première mondiale ; les familles plus qu’humaines, les familles zoo-inclusives, celles où l’animal domestique est considéré comme un membre familial ; les mariages au Japon avec des personnages de Manga. Toutes les interventions sont publiées sous format vidéo sur le site des Carrefours de la pensée.

Je vous laisse maintenant savourer une déclinaison de songes poétiques, théâtraux, musicaux et photographiques. Avec tous mes remerciements pour vos soutiens, vos espoirs, vos libertés, je vous souhaite un doux mois d’avril en fleurs ; je songe bien à vous.

L’absence – Lily

Nathalie Buchot,  Inédit 2026.

Je méduse l'indicible origine du monde

les êtres vivants et les nouveaux horizons

Je repousse les limites

à mille lieux

d'elles-mêmes

Ma pensée-paysage trame divers ravages

Je lutte pour vivre l'existence future

De ma propre énigme

obscur miroir de mes songes

je métamorphose

mes excès et mes fantasmes

Je tente une paix visible

Mon corps pleure

l'absence de la vérité

Correspondances géopoétiques

Par Nathalie BUCHOT

Je suis poète contemporaine et géographe vivant en Sarthe. Mon travail explore les liens entre la poésie, les lieux et la philosophie dans une démarche géopoétique attentive aux paysages, aux voix et aux pratiques collectives. Je donne à voir la présence de l’extime et de l’immonde du monde.

Je travaille avec des chercheur·es, des acteurs culturels, des enseignant·es et des structures sociales qui souhaitent articuler pensée critique et contextuelle, territoire et création poétique.

Mes recherches portent sur la justice environnementale, les inégalités territoriales, les déchets et les marges, à l’intersection de la géographie sociale et de l'économie circulaire.

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