Kessel

A VOUS, A NOS POINTS ETOILES

Revue Correspondances géopoétiques

Correspondances géopoétiques
2 min ⋅ 25/01/2025

Lettre extime

A vous, à nos points étoiles,

“Avoir de nouveaux projets permet de rester jeune”, m’a-t’on dit hier matin. Je ne peux qu’être d’accord ! Projetée dans le monde de 1968, je suis née projet. “Le rêve est le terreau du projet” ai-je lu un jour dans Roses à crédit, le roman d’Elsa Triolet. J’avais 15 ans. J’en ai fait ma sentence. J’ai rêvé et je rêve encore ; plus le jour que la nuit d’ailleurs. J’ai plusieurs terreaux à mon actif et déjà récolté plusieurs graines, que je ressème dans de nous nouveaux ou anciens terreaux. La difficulté, c’est de mettre en symbiose et dans le bon ordre, les projets qui poussent.  Je ne suis pas monoculture. Chaque projet à peine terminé en amène ou nourrit celui à peine démarré.

Ma ligne de temps n’est pas linéaire

ma ligne de temps n’est pas fragmentée

ma ligne de temps est biocellulaire

Le temps agit, ondule et je navigue

le temps est une réverbération qui jaillit et qui pétrit

Entendre les réverbérations sonores de ma ligne de temps ; silence

Le temps fait écho à mon futur

mon futur fait ricochet à mon présent futur intérieur

Ce présent futur intérieur devient passé extérieur

je ne peux plus le toucher, le modeler

Ce passé est indélébile

Pourtant, je peux le lire de multiples manières

Je dois encore être très jeune, me suis-je dit. Alors, j’ai souri.

Ma ligne de temps n’est pas physiologique

ma ligne de temps n’est pas chronologique

ma ligne de temps est poétique

Elle se crée là où je demeure

Elle se crée là où je m’en vais

Elle se crée là où j’aime

“Les araignées aiment les maisons saines” m’a-t’on dit hier matin, dans la même conversation.

J’aime les maisons saines ; je dois être alors une araignée ; en ai-je alors déduit.

Avec ma mémoire et ma dextérité de jeune araignée dentellière

je reprends chaque jour mon ouvrage

je projette mes graines

avec mes lasers interstellaires dans le ciel et sur la terre

Les oiseaux m’aident ; ils chantent avec moi

Les oies sauvages passent au-dessus de ma tête

Le bruit de leurs ailes me chatouillent les oreilles

Les arbres m’aident ; leurs feuilles bruissent d’amour

Mes toiles ondulent dans le chant du vent et de la pluie

Peu importe si frimas d’hiver et goulettes de rosée

Peu importe si poussières et vielles mouches noires

s’y déposent et s’y reposent

Ma ligne de temps n’est pas un fil, n’est pas un axe

Ma ligne de temps est faite de points ; des étoiles

A chaque point étoile, je le sais maintenant

s’ouvre un nouveau chemin

A chaque point étoile, je le sais maintenant

sirènes et chimères m’attirent

A chaque point étoile, je le sais maintenant

je suis cette Ulysse, poète des océans, poètes des terres

Une conversation de maçonnerie et de charpente ; me voilà décalée des actualités géopolitiques locales et internationales anxiogènes et fascisantes !

Depuis 5 ans, je bâtis un voyage, une toile poétique, avec mes sirènes et  mes chimères. Ma toile d’araignée est calendaire. Feuille de route, elle se fait guide temporel. Si la carte n’est pas le territoire, le calendrier n’est pas le temps. Temps Citron est mon poème que je vous propose en lecture accompagné du poème “XXVII” de Siméon Lerouge, poéte lui aussi de la Plume de Léonie. Chaque jour, pendant un an, il a dressé un ouvrage poétique intime intitulé Semainier en écrivant un vers par jour rassemblé en 52 septains. Chacun tisse sa toile poétique. Les poètes n’écrivent pas, ils tissent. Vous les retrouverez dans la revue de Correspondances géopoétiques, sur mon site.

Cette 6ème année, nous allons ensemble découvrir les poètes de l’extime, de celles et ceux que j’ai rencontré au Québec au mois de septembre dernier et de celles et ceux que je côtoie à la Plume de Léonie, maison d’édition à Sillé-le-Guillaume. Nous traverserons terres et océans et vogueront près des lacs et forêts.

Je vous souhaite pleins de points étoiles pour cette nouvelle année 2025 où nous nous retrouverons tous les 25 du mois.

Désormais, c’est chose faite. Vous pouvez vous abonnez

Correspondances géopoétiques

Par Nathalie BUCHOT

Je suis poète contemporaine et géographe vivant en Sarthe. Mon travail explore les liens entre la poésie, les lieux et la philosophie dans une démarche géopoétique attentive aux paysages, aux voix et aux pratiques collectives. Je donne à voir la présence de l’extime et de l’immonde du monde.

Je travaille avec des chercheur·es, des acteurs culturels, des enseignant·es et des structures sociales qui souhaitent articuler pensée critique et contextuelle, territoire et création poétique.

Mes recherches portent sur la justice environnementale, les inégalités territoriales, les déchets et les marges, à l’intersection de la géographie sociale et de l'économie circulaire.

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